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Web non-discriminant : approches théoriques

Web 3.0 : vers une techno-discrimination ? [1]

5 janvier 2008

Illus
Pour un support universel

L'époque - finalement assez courte, à peine 10 ans... - des contenus web définis comme ce qui apparaît à l'écran de mon ordinateur est presque révolue. L'émergence d'outils de consultation alternatifs (synthèses vocales, téléphones mobiles, etc.) a poussé les auteurs de contenus à se désengager progressivement de la mise en forme pour aller vers une mise en sens (voir article "Contenu unique > utilisateurs multiples") de plus en plus opérante.

Reste que ce contenu unique (ou plus exactement cette tendance à aller vers...) continue à considérer l'objet "contenu web" comme un objet isolé, autonome, porteur de ses propres spécificités et subissant un certain nombre de traitements liés à ses spécificités (comment le concevoir, le restituer, etc.) indépendamment d'autres types de contenus avec lesquels il n'aurait pas à interagir... Tout se passe comme si le web était une galaxie isolée régie par ses propres lois, répondant à des critères normatifs internes plus ou moins stricts, plus ou moins complexes et plus ou moins évolutifs. Le passage de Css2 à Css3 en est un exemple puisqu'à la notion de changement massif instantané (Css1 > Css2) s'oppose celle, introduite par Css3, de paliers progressifs comprenant (pour aller vite) à la fois la définition normative elle-même et l'implémentation qui en est faite par les fabricants d'UA.

Alors soit, le web est une galaxie. Est-elle seule dans l'univers ? Non. Internet comprend d'autres protocoles que www, comme mail ou ftp. L'intégration des protocoles www et mail est réalisée de longue date : on envoie un e-mail depuis un site web, on consulte un site web depuis un lien envoyé par e-mail. Mais Internet, en tant que réseau, est également capable de transporter d'autres types de contenus. C'est le cas notamment des métavers, des univers 3D dans lesquels des internautes se déplacent et interagissent avec des contenus, et dont le plus célèbre est Second Life (SL).

S'il est possible (en janvier 2008) d'ouvrir un site web dans son navigateur depuis SL, ou d'envoyer un mail, ou encore d'accéder à SL via un lien de type SLurl, ces opérations, comme pour les échanges mail-web, contraignent à utiliser des UA distincts : SL est à la fois le metavers et le logiciel permettant de le consulter. Or autant la "bascule" entre navigateur web et client mail (Explorer et Outlook sous PC, Safari et Mail sous Mac, etc.) est "transparente" et simplifiée jusqu'à devenir intuitive (sans parler de la consultation d'e-mails via le web qui s'est fortement développée ces dernières années), autant le passage web-SL et réciproquement est technologiquement et ergonomiquement lourd. Des équipes d'ingénieurs informatiques travaillent actuellement à rendre ce passage plus transparent, soit qu'on s'oriente vers un affichage SL dans un client web, soit l'inverse : l'affichage de contenus web dans une 3D SL. Quelle que soit la solution la plus utilisée ou la mieux partagée (Linden Labs, développeur de SL, annonce des interfaces web dans SL pour cette année 2008 et l'équipe de Firefox une version 3D de FF d'ici 2 ou 3 ans), elle ne pourra pas s'envisager autrement qu'en termes de non-discriminance.

La nécessaire et inéluctable convergence des médias (tous les UA restituent tous types de contenus dès lors que les uns et les autres sont normalisés...) mène à terme à une double possibilité d'évolution :
- soit un type de contenu unique genre web 3D dans lequel on se déplace, changeant de volume (pièce, île, continent) comme on change de page, de rubrique, de site ;
- soit une séparation des tâches où le web 2D tel qu'on le connait (consultation à plat par hyperliens) serait plutôt réservé à une offre purement informative (...retour vers les années 90 et à une "interactivité faible" - et vers la fin d'Ajax ?...) et où les métavers (SL ou autres) seraient en charge de tout ce qui relève du distractif ou de "l'interactif fort".

La première possibilité présente l'avantage de regrouper/restituer tous les contenus en un lieu virtuel unique qui est l'UA utilisé, qu'il soit un client web évolué ou un plug-in universel, mais l'inconvénient de placer l'accès à toute information, en terme de temps d'accès et d'ergonomie, assez loin du moment T où se prend la décision de la rechercher : à matériel égal il faut nécessairement plus de temps pour parcourir physico-virtuellement un espace dans un univers 3D que de parcourir optiquement un menu affiché en 2D.

La seconde solution est exactement inverse : l'information est plus rapidement atteinte (finies les chartes graphiques interminables à charger, finis les scripts d'animation inutiles et alourdissants) mais en revanche l'usage de deux UA distincts peut être pénalisant... d'où l'idée que tout ce qui relève de l'interactif "fort" (jeux, boutiques en ligne, échanges sociaux) se tiendra ailleurs que sur le web 2D. Mais la limite "non-naturelle" entre sites web 2D peu interactifs et metavers 3D fortement interactifs risque d'être déroutante pour l'utilisateur qui ne sait plus vers quel outil se tourner pour tel ou tel type de demande placée à cheval sur le champ de possibilités offertes par ces deux produits.

Ceci d'un point de vue utilisateur ; d'un point de vue auteur, la maintenance de deux types de contenus distincts est plus lourde et moins économique que la maintenance d'un contenu unique.

On assiste donc à une convergence d'intérêts entre :
- les utilisateurs en demande d'une intégration de tous les contenus, et qu'ils soient accessibles depuis tous les outils à disposition,
- les auteurs en charge de produire et maintenir du contenu qui souhaitent, pour des raisons d'économie, de temps, d'énergie et de cohérence dans l'offre, ne proposer qu'un seul contenu... à l'utilisateur ensuite, à la technologie de son UA et à son ''savoir l'utiliser'' de trier ces contenus et d'en gérer les modes de restitutions possibles,
- les fabricants en course pour sortir des UA dont on ne sait plus si ce sont des téléphones, des ordinateurs ou des assistants numériques personnels, et qui ne se distinguent que par leur format et leur plus ou moins grande portabilité, et avec lesquels on interagit au clavier, à la souris, manuellement (écrans tactiles) ou (un jour...) à distance via un dispositif genre Wii.

Il est donc probable qu'à terme on s'oriente vers ce qui s'appelle déjà le web3.0, qui est une sorte de web2.0 mais en 3D, pour aller vite.

[Note 17 mars 2008] Depuis la nouvelle version du logiciel SL (release candidate 1.19.1 RC3) il est possible d'afficher une page web sur une prim SL... même si ni scroll ni click ne sont encore possibles. A suivre.