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21 janvier 2008

En gros, aucun site "n'existe" en dehors de l'UA qui le fait "être". Si vous parlez tout seul en pleine forêt avec les arbres et les nuages comme seuls interlocuteurs, ce que vous direz, la façon dont ça sera structuré, émis et raconté, n'aura aucune importance puisqu'il n'y a pas en face d'appareil (une paire d'oreilles, un nerf auditif et un cerveau) pour le transformer en sens compréhensible et utilisable. De même un site (disons plutôt un ensemble de documents web) n'existe que parce qu'une machine le restitue et en permet une gestion finale par l'utilisateur. Or l'interaction entre l'utilisateur et les contenus qui lui sont proposés n'est jamais initiée par la détection du vouloir ou des attentes de l'utilisateur : le visiteur arrive sur vos pages parce qu'il présuppose que cela peut présenter un intérêt pour lui, mais sans que l'on sache jamais en quoi réside cet intérêt. D'où l'obligation de proposer tout un ensemble des dispositifs assez lourds : les menus. Ceux-ci présentent l'ensemble de l'offre disponible. Le problème est que votre offre ainsi découpée en menus se présente telle que vous imaginez l'attente du visiteur, mais rien ne démontre que cette découpe soit pertinente.
L'époque "historique" du web (cette époque où un contenu s'affichait intégralement sur un écran et dans un navigateur) est peut-être révolue : un contenu n'a plus à s'afficher intégralement (CSS a ouvert la voie), il peut se restituer sur toutes sortes d'appareils et à travers n'importe quel type d'outil logiciel apte à comprendre les langages du web. Se pose alors la question de la structuration elle-même : comment constituer un contenu pour le rendre à la fois indépendant de l'UA terminal et de l'inconnaissance des attentes utilisateur ?
La réponse est dans la mutabilité des contenus, qui implique celle de leur convergence : il y a convergence quand toutes sortes d'outils (et plus seulement des navigateurs..) sont capables de rendre ces contenus accessibles et utilisables, et mutabilité quand ces contenus sont adaptés à l'UA et à son utilisateur. Cette notion de mutabilité brise une sorte de tabou de l'accessibilité du web : l'obligation - supposée... - d'avoir à restituer l'intégralité du contenu. Mais rien ne s'oppose à une restitution restreinte et ciblée :
Demain une grande marque d'hypermarché développe un site web à la fois capable d'être consulté de façon "historique" (en 2D sur écran), mais aussi sur un viewer 3D genre SL (où l'internaute se promène dans les rayons et ajoute manuellement au caddie les produits qu'il paye au passage en caisse en L$), mais aussi par exemple sur votre frigo, où quand vous ouvrez la porte, et via une puce RFID qui aura détecté qu'il vous manque du beurre, un contenu web concernant les promos sur le beurre vous en informera vocalement depuis le site (page promo > beurre). Un simple click ou accord vocal et hop, le beurre est livré dans l'heure qui suit.
Et demain un site web sera à la fois capable de détecter que vous utilisez un téléphone mobile et vous afficher des contenus restreints (images réduites ou remplacées par des alternatives textuelles ou autres, textes trop longs tronqués en respect du sens, mise en avant des outils-menus type skip-links/évitements), de comprendre par géolocalisation que vous êtes au centre-ville à 19h45 et que vous recherchez probablement soit un horaire de cinéma soit un restaurant et vous y emmener.
Si ces outils peuvent sembler plus ou moins ceux d'un monde redoutable, ils peuvent également être envisagés pour d'autres usages plus agréables : votre mobile détecte vos "amis" à proximité (en utilisant des contenus web type "réseaux sociaux") et vous mène à eux via une interface 3D...
La mutabilité/convergence des contenus est cette capacité qu'ils ont à s'adapter aux besoins, technologies, outils et (partiellement) attentes.
Alors à terme on voit bien l'usage de ces technologies lorsqu'elles convergent et mutent : un implant crânien (plus besoin d'UA externe...) réagissant aux influx-stimuli cérébraux est capable, via une micro-caméra implantée, de détecter puis géolocaliser par reconnaissance visuelle ou vocale un ami de réseau social dans une foule compacte, de vous diriger vers lui en 3D-AR (réalité augmentée) et, anticipant les attentes respectives, de vous envoyer en temps réel des messages de type IM d'avatar à avatar (devenus entre temps incorporés : on se les porte en soi...) : grâce à ces IM qu'un sémantiseur analyse et décortique selon des algorithmes de modélisations langagières, un process d'autopilot automatique (détection environnementale...) se met en route en tâche de fond, repère un lieu au plus proche et connecte vos deux avatars pour vous y téléporter par voie terrestre. Là , assis à la terrasse, vous commandez deux demis.
Tout ça pour en arriver là ? Mon grand-père faisait déjà la même chose en 1908... On vit une époque formidable.