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Développement et Technologies

Utiliser un mobile est-il un handicap ?

15 mai 2008

Illus
2008, année mobile ?

Depuis la mi-2007 on assiste à une pléthore d'initiatives à destination du web sur mobile (téléphones portables, PDA, smartphones, etc.), annonçant l'émergence imminente de ce marché très prometteur. Côté fabricants, en tant que défricheurs de terrain à peu près vierge chacun peut y aller de sa méthode, de son langage ou de sa solution : l'enjeu pourrait être de prendre une place de leadership et d'imposer ainsi sa façon de voir comme future norme à venir. Rien de nouveau sous le soleil, on avait déjà connu ça il y a quinze ans entre Microsoft et Netscape... Apple avec iPhone (au sujet duquel je reste critique, voir l'article "jusqu'à ce que..."), Samsung, SE ou Nokia, tous se lancent dans des outils-applis web mobiles avec plus ou moins de bonheur, plus ou moins de savoir-faire et plus ou moins de sens des (bonnes) affaires.

Le problème pour nous pauvres petits créateurs de sites est que ces initiatives partent un peu dans tous les sens : difficile de décider quelle technologie suivre, quelle approche utiliser pour appuyer un développement pérenne ou quelle philosophie privilégier. Le présent article n'a pas la prétention de faire le tour des solutions qui s'offrent actuellement, mais plutôt de tenter de définir à partir de quelle posture il est possible de faire des choix stratégiques cohérents pour demain. (Accessoirement la question est rigoureusement la même pour les metavers 3D : doit-on investir dans OpenSim (un genre de SL open source), ou essayer Uworld, HiPiHi (un projet metaversique chinois...) FrancoGrig (100% frenchy), Twinity ou Novoking (autant de projets en développement)... ou tout bêtement rester sur SL ?)

Pour quel(s) engin(s) ?

La grosse question - et elle est de taille ! - est celle de la capacité des mobiles à restituer des contenus web : sous quel protocole et selon quelles normes. Indépendamment de la question des contenus proprement dits (de quoi s(er)ont-ils faits ?... voir aussi l'article "Mutabilité des contenus mobiles") se pose donc celle de leur structuration : comment les rendre conformes aux spécifications mobiles. Et c'est là que l'absence de normes et que la jungle actuelle posent problème : en exagérant à peine, il faudrait aujourd'hui produire pratiquement autant de sites différents que de modèles de mobiles sur le marché !!! Tailles d'écrans, gestion des objets, implémentations partielles ou pas de langages (CSS, Javascript, Flash, etc...), gestion des viewports, tout pose question. Alors autant les années de guéguerre IE-NS n'ont pas été si difficiles que ça à passer (il n'y avait que deux concurrents), autant celles qui s'annoncent risquent d'être pénibles. Anticipant le problème, un certain nombre d'initiatives ont vu le jour récemment (voir par exemple le projet WURFL )

The WURFL is an XML configuration file which contains information about capabilities and features of many mobile devices. The main scope of the file is to collect as much information as we can about all the existing mobile devices that access WAP pages so that developers will be able to build better applications and better services for the users.

Traduction simplifiée : "WURFL contient des informations sur les capacités et spécificités de nombreux mobiles. Le but est de collecter autant d'infos que possible pour que les développeurs puissent offrir de meilleurs services et applications aux utilisateurs".

... pour proposer des outils comparatifs aux webmasters et les aider à aller vers des contenus les plus "mobiles-interopérables" possibles.

Une fausse-bonne idée

Suite à des discussions sur des forums ou en privé par mails avec différentes personnes impliquées dans le développement pour mobiles je reste très sceptique concernant ces initiatives. Plus que sceptique, même carrément opposé. Ce qui me dérange, c'est que l'approche du web mobile y est toujours conçue comme s'il s'agissait d'un "genre de handicap" : on donne des solutions au cas par cas en typologisant les UA/utilisateurs. Or d'après moi cette approche se heurte à deux écueils majeurs :
1- ça oblige à multiplier les élements de contenus spécifiquement destinés à tel ou tel type d'UA ou type d'utilisateur
2- ça ne tient pas compte de la tendance à l'implémentation générale des standards.

Stratégiquement parlant, il me parait préférable de s'appuyer sur la "pression du marché" : en proposant aux utilisateurs de mobiles des contenus standards et normalisés W3C-WAI, certes on court le risque d'aberrations - voire même d'inutilisabilité - sur un certain nombre de modèles, mais en même temps on met la pression sur les fabricants... Contrairement aux ordinateurs (plus lourds et plus chers à concevoir et à fabriquer) le cycle d'un mobile, de sa conception à sa mise en circulation, est très court : quelques mois à peine. D'autre part, et contrairement là aussi aux ordinateurs, la part de prescription dans l'acte de choisir un mobile est très importante : on achètera plutôt un modèle possédé par un ami ou un collègue qu'un modèle à tel ou tel prix ou doté de telle ou telle fonctionnalité technologique complexe. Et comme (contrairement encore aux ordinateurs) le taux de rotation/remplacement est très élevé (on change de mobile tous les deux ans, d'ordi tous les cinq ou six ans) la décision de quitter tel fabricant pour tel autre ou tel modèle pour tel autre se prend très facilement et très rapidement. Le pari est donc qu'à terme les acheteurs se tourneront "naturellement" vers les mobiles proposant le plus vaste choix de sites utilisables dans tous les cas. Et comme ce "dans tous les cas" ne peut se définir qu'au regard de la normativité W3C de l'appareil, à terme donc un fabricant proposant un modèle non-conforme - et donc inapte à restituer "dans tous les cas" - prendra le risque de voir son public potentiel se détourner vers d'autres modèles plus conformes, simplement parce qu'autant la "fidélité" est de mise dans les OS, les ordis et les navigateurs, autant le public "mobiles" est volatile et non-captif d'une marque donnée. C'est peut-être ce qui est en partie en train de se passer avec l'iPhone qui voit depuis deux ou trois mois ses ventes ralentir de façon insoupçonnée quand on se souvient de l'engouement suscité lors de sa sortie sur le marché français en novembre dernier.

Une démarche inversée

On est donc dans une démarche inverse de la démarche "ordi" qui consiste, à parc matériel-logiciel donné, à concevoir des contenus interopérables ; là, et pour les raisons évoquées juste avant, c'est plutôt au parc à s'adapter parce qu'il le peut et parce que c'est dans la logique du marché, ce qui n'est pas le cas des ordis... Autant la "pression du marché" est faible sur les ordinateurs (c'est quand même ce qui permet à Microsoft de tenir malgré les faibles performances de ses produits internet), autant elle sera déterminante sur les mobiles. A nous de participer à cette "pression" en distribuant des contenus normalisés, quitte à pousser les utilisateurs de mobiles non-conformes à changer rapidement de modèle parce qu'ils le pourront et parce qu'ils le voudront. A l'inverse, distribuer des contenus non-conformes mais adaptés aux modèles en circulation est d'une part se contraindre à maintenir des contenus distincts (avec les coûts y afférant) et de l'autre laisser se développer des standards privés non-normatifs jusqu'à ce qu'ils deviennent normes par défaut (voir par exemple BlueRay vs. HD en vidéo, ou encore Beta vs. VHS autrefois) alors qu'une norme internationale fiable, solide et adaptée existe.