Saute d'humeur passagère ;-)
S... de prestataire !
10 juin 2008
La faute à qui ? Au prestataire.
Passé la journée comme "taupe infiltrée" dans un salon professionnel à Strasbourg sur le thème des stratégies d'entreprise sur le web - entre autres en e-commerce, référencement, etc. - entouré de patron(ne)s et dircom(e)s de PMI-PME locales. Pour nous autres prestataires en solutions web, le client reste un objet souvent étrange, parfois agité de pulsions contradictoires et souvent animé de vélléités quelquefois incohérentes. Se mettre dans la peau de l'un d'eux pour quelques heures (et assister à 5 conférences les unes derrière les autres...) était donc une expérience assez intéressante à tenter, ne serait-ce que pour essayer de comprendre pourquoi ça ne marche jamais comme il le faudrait entre le client et son prestataire ;-)
Retour d'expérience :
Première conférence [9h-9h45]
La première conférence était intitulée "Comment mettre en oeuvre le cahier des charges d'un site ?" Vaste question.
Cinq intervenants se sont relayés. En gros il en est globalement ressorti que toutes les micro-stratégies étaient bonnes à prendre : utiliser Google Analytics pour affiner son offre web, traquer l'internaute dans chacun de ses actes (solutions d'eye-tracking, calcul de taux de rebond, coût d'acquisition client, etc...), vérifier son page-ranking sur Alexa, calculer l'entonnoir de conversion, etc., et donc qu'un "bon cahier des charges" devait impérativement exiger des résultats mesurables et quantifiables parce que les outils le permettent. Fut même évoquée (j'en tremble encore...) l'idée d'exiger du prestataire qu'il s'engage sur des retours et que sa rémunération dépende des chiffres que produira le site.
Deux remarques (que je me suis bien gardé de faire à haute voix !) :
1. C'est mon site ou c'est votre site ? Je n'ai aucune prise sur vos produits ou services, ni sur la façon dont vous les concevez, les produisez et les vendez, ni sur les types de relation clients que vous mettrez en oeuvre. Si je dois partager les risques (et donc devenir en quelque sorte partenaire), ce n'est plus du tout la même chose. J'aurais aussi dans ce cas toutes sortes d'exigences légitimes.
2. Jamais, pas une seule fois, pas une seule seconde, ne fut évoquée la question pourtant cruciale de l'accroissement, grâce aux spécificités du média, du public potentiel du site notamment par des solutions technologiques d'accessibilité, d'interopérabilité, de convergence de contenus. Bref, de non-discriminance.
On exige donc de moi, prestataire, que je mette tout en oeuvre pour la réussite de votre projet mais sans jamais me laisser mettre en oeuvre celles qui sont parmi les plus économiques et les plus pertinentes... Accroître son potentiel clients de 3, 5 ou 10%, c'est pas rien quand même !
Seconde conférence [10h30-11h15]
La seconde portait sur "Réussir votre plan d'action d'e-commerce, de vente à distance et multicanal"
Là un des conférencier s'est appuyé sur son expérience en e-commerce pour annoncer tout de go que le choix d'un prestataire devait s'effectuer en plusieurs mois et qu'il ne fallait pas hésiter à faire travailler et retravailler plusieurs prestataires sur le projet jusqu'à ce qu'en sorte la perle rare : celui qui vous comprendrait. Il nous montra son catalogue papier et son site web en copie conforme. Tout le monde est ressorti de là persuadé que le web, c'est jamais autre chose que du papier numérique "sur lequel on peut dire plus de choses parce que le papier est très cher et qu'on doit limiter les informations, alors qu'une page web est infinie..." A aucun moment il n'a été question de la spécificité du média. Je comprends maintenant pourquoi il est si difficile d'expliquer que l'outil web est un outil à part, et qu'à vouloir le traiter comme "un média comme un autre" on se mène soi-même à l'échec assuré. La faute de l'échec, si échec il y a, revient donc entièrement au prestataire et pas du tout au client qui exige de ce dernier qu'il se plie à sa vision des choses. Ceci était tellement acquis que l'un des conférencier s'écria "on s'en fout que le site soit en .net, en asp ou en php !" Difficile effectivement dans ces conditions de se préoccuper de convergences de contenus multi-supports et/ou de pérennité d'investissement... J'ai compris assez tard que l'intitulé "multicanal" dans le titre de la conférence représentait le catalogue papier et pas - comme je l'avais naïvement cru en m'inscrivant - "téléphone mobile" ou "metavers 3D". Pourtant comme outils de vente à distance, ça se le fait assez.
Je commençais donc lentement à comprendre comment l'on expliquait à ceux qui deviendraient peut-être un jour mes clients (les participants dans la salle) comment se mène un projet web et comment l'outil doit s'envisager et se construire. Je commençais donc aussi à comprendre pourquoi, quand je parlais de "logique de média", j'avais l'impression d'arriver direct de Saturne ou Neptune : on ne parlait pas de la même chose.
Troisième conférence [12h15-13h30]
Celle-là m'intéressait beaucoup puisqu'elle portait sur "Référencement, searchmarketing et Diglike : comment doper votre classement sur les moteurs de recherche et créer un site Google-friendly"
Bon, pas de chance, je suis arrivé avec vingt bonnes minutes de retard (à 12h15 qu'elle commençait... je croyais que c'était à la demie) ce qui fait que j'ai raté le début mais à la sortie je suis tombé sur une connaissance qui m'a résumé en gros ce qui s'était dit. En gros donc ont été évoquées les questions de choix pertinents de mots-clés à répartir entre URL (nom de la page dans le navigateur), les balises
Se pose donc la question de la pertinence des résultats obtenus, or Google est structurellement de moins en moins capable de les classer pertinement pour la raison que toutes les offres sont désormais peu ou prou comparables (définition de l' "environnement hyperconcurrentiel"). Ce qui différencie la pertinence de tel ou tel lien classé parmi les premières pages est du ressort de l'internaute et de ses attentes, ce que Google ne peut anticiper ni prévoir : si ce qu'il fait est modélisable (recherche par mot-clé), ce que veut l'internaute est par nature indécidable. Lorsqu'il ne sait plus sur quel lien cliquer pour atteindre en un click et à coup sûr ce qu'il recherche (la finesse de sa requête n'est jamais incluse dans les mots-clés qu'il utilise) il faut bien se tourner vers d'autres solutions et/ou techniques et/ou méthodes de référencement (voir note ci-dessous) : le marketing viral est probablement aujourd'hui la solution la plus prometteuse en la matière. Mais hélas pas un mot là-dessus.
(Note : ...si pour votre site l'intérêt n'est pas en soi d'être référencé, mais bien celui d'être trouvé et consulté.)
Quatrième conférence [14h-14h45]
"E-mail marketing : les bonnes pratiques pour doper l'efficacité de vos e-mailings en 2008". Celle-là je n'y suis pas allé.
Cinquième conférence [15h15-16h]
"5 solutions techniques pour décupler et mesurer la performance de vos actions de webmarketing". Tout a commencé très fort : d'abord je me suis trompé de salle... je suis donc rentré dans la bonne avec quelques (petites) minutes de retard ; ensuite, au moment où je me faufilais pour chercher une place assise j'entendis l'un des conférenciers annoncer haut et fort qu'il fallait "savoir négocier dur les prix avec les prestataires" et qu'on pouvait économiser jusqu'à 30% si on se montrait assez ferme. Ça commençait vraiment fort. Après ça s'est calmé et la discussion est devenue intéressante, avec notamment le développement de politiques de stratégies webmarketing assez pointues. Des concepts ardus comme "environnement hyperconcurrentiel", notion de "positionnement en longue traîne" (longtail), d' "entonnoir de conversion" ou d' "irréversibilité des médias à ROI contrôlable" n'ont fait fuir personne. Le marketing viral a (enfin) été posé comme solution à fort potentiel, y compris avec son danger d'effet inverse à bien mesurer avant de se lancer : le "blackmarketing".
Sixième conférence [16h30-17h15]
"Zoom sur les nouveaux leviers de création de valeur pour l'e-commerce 2.0". Avec un titre pareil je ne pouvais pas revenir déçu. Et ne revins pas déçu : le conférencier a minutieusement passé en revue et en détail tous les concepts de 2.0, de blogs, de widgets, de wikis, de réseaux sociaux, d'applis web, exposant avantages et inconvénients ou potentialités et dangers, le tout dans une parfaite exhaustivité. Avec même quelques minutes consacrées à Second Life et au web 3D, je me suis enfin retrouvé dans mon meta-univers... Mais comme hélas c'était en fin d'après-midi la salle était loin d'être aussi comble que le matin, on devait être en tout et pour tout une petite vingtaine. Moyenne d'âge 30 ans. Les décideurs web de demain ?
Une septième ?
Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes du web. Enfin presque. Une seule grande absente toute cette journée : l'accessibilité / conformité des contenus internet. Tout le monde s'est comporté toute la journée exactement comme si tout le monde et n'importe qui pouvait accéder à n'importe quel site ; "oublier" à ce point 3, 5 ou 10% des visiteurs potentiels est réellement impressionnant (je vous renvoie à l'article "au bon client" et à la notion de "barre de déperdition")... On peut comprendre que les conférenciers n'aient pas eu compétence à en parler ou ne se seraient pas sentis très à l'aise devant d'éventuelles questions du public, d'accord, mais est-ce une raison pour ignorer ainsi un pan entier du webmarketing ? Une septième conférence intitulée "Comment assurer l'accès à ma boutique en ligne à tous les publics" n'aurait pas été superflue. Comment par exemple la notion de "taux de rebond" (pourcentage de visiteurs quittant votre page sitôt arrivé dessus) peut-elle être pertinente - ou tout simplement utilisable - si on continue à ignorer qu'une part non-négligeable d'internautes décrochent dès l'accueil pour cause d'inaccessibilité ou de non-interopérabilité du contenu distribué ? Un exemple tout simple : pour moi qui travaille et navigue essentiellement sous Mac OsX il ne se passe pas une journée sans que je tombe sur un site totalement ou partiellement inutilisable... Combien sommes-nous, nous autres "macistes", 4%... 5% ? Sans parler de handicaps ou de matériels spécifiques... Alors si l'on veut se doter d'outils marketing opérants (et l'analyse du taux de rebond en est évidemment un...) encore faut-il savoir en estimer la pertinence : à quoi sert-il de spéculer sur des données chiffrées tant qu'on n'a pas éliminé les "faux rebonds" qui ne sont jamais que des expériences utilisateurs ratées (inaccessibilité, inutilisabilité, non-interopérablilté de votre site) ? Quand l'internaute quitte une page non pas parce qu'elle a été ouverte par erreur mais parce que vous ne lui donnez pas la possibilité de devenir client, d'un point de vue purement marketing c'est une aberration. C'est aussi, juridiquement parlant, assimilable à un "refus de vente".
Autre grand absent de taille (quoique petite...) : le téléphone mobile. Comme si les millions de mobiles en circulation n'étaient pas potentiellement des outils d'achats massifs en ligne, le mot n'a pas été prononcé une seule fois.
Pourquoi dans ces conditions s'étonner que lorsque je parle à mes clients et prospects d'univers de consultation, d'accessibilité et d'interopérabilité entre outils web ou encore de convergences de contenus ils ne se sentent pas concernés, puisque les experts marketing eux-mêmes ne leur en parlent pas ?
Cette journée m'a donc surtout aidé à comprendre que finalement mes clients n'étaient pas responsables de leur vision du web et qu'il était tout à fait normal qu'ils attendent de moi quelque chose de conforme à ce qu'on leur présentait comme "ce qu'est le web". Et que leur proposer autre chose - du haut de mes maintenant 13 années d'expérience en réalisation de sites (sommes-nous deux structures à Strasbourg à pouvoir s'en vanter, je n'en suis pas sûr...) - nécessitait de ma part un grand travail d'explication. Ce blog sert donc aussi à ça.

