Web non-discriminant : approches théoriques
Accessibilité et non-discrimination : quelle(s) différence(s) ?
30 novembre 2007
Vers quelle restitution ?
En symétrie du monde réel où l'accessibilité d'un site est la possibilité
offerte à toute personne souffrant d'un handicap de se déplacer dans l'espace,
d'utiliser des outils, d'accéder à des objets ou des services, etc., l'accessibilité numérique
- du web et de ses contenus en l'occurence - est la possibilité offerte à tout utilisateur en situation de handicap de
consulter et d'interagir avec la quasi-intégralité de ces contenus. Cette
accessibilité est rendue possible par la conjonction de trois facteurs qui,
pris séparément, sont insuffisants à l'assurer seuls :
1. il existe un matériel adapté à chaque situation de handicap (lecteurs
d'écrans à synthèse vocale, tablettes braille, aides techniques, etc.),
2. il existe pour chaque matériel un dispositif (outils logiciels, fonctionnalités
particulières, etc.) adapté à la consultation de contenus numériques,
3. ces contenus numériques (sites ou applications web) sont organisés de telle
façon que leur restitution sur les différents outils de consultation soit
possible, y compris au prix d'une dégradation acceptable.
La non-discriminance des contenus numériques étend l'accessibilité à tous les utilisateurs et à tous les outils. Dans une optique non-discriminante, le couple utilisateur-outil technologique n'est jamais défini, contrairement à l'accessibilité - du moins dans son sens premier - qui prévoit un nombre fini de possibilités. La non-discriminance envisage d'un même point de vue l'utilisateur nomade qui surfe sur son téléphone portable, le handicapé moteur qui consulte un site à l'aide de son seul clavier parce que l'usage de la souris est impossible ou le non-voyant qui écoute un contenu sous Jaws.
L'accessibilité - toujours dans son sens premier - est donc un volet de la non-discriminance, volet spécifiquement dédié à des groupes particuliers objectivement identifiables : les personnes en situation de handicaps. Pour un certain nombre de personnes concernées (associations, experts, publics) il existe un risque, en confondant accessibilité et non-discriminance en un seul objet, de banaliser les pratiques destinées aux handicapés et de les fondre dans une logique hétéroclite a minima d' "accès pour tous" où, dans un certain nombre de cas limites, l'option "accès pour tous" peut se réaliser au détriment de l' "accès pour tel ou tel handicap". Ce risque existe et il ne faut pas nier sa possibilité d'apparition.... C'est par exemple le cas d'un certain nombre de sites qui, pour s'adapter à des demandes de consultation via PDA ou smartphones, opèrent des choix favorisant les uns en desservant les autres.
Le pari de la non-discriminance est qu'il existe des méthodes - certaines reconnues, d'autres à inventer - de conception, de structuration et/ou de réalisation de contenus web capables d'assurer une "restitution pour tous". Toute la question est : laquelle ?

