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Développement et Technologies

Quelle restitution ?

28 novembre 2007


Quoi-t-est-ce ?

La restitution est ce qu'un outil appelé UA ( user-agent ou agent utilisateur) propose à l'utilisateur qui le manipule. L'UA est en gros tout ce qui permet de consulter, afficher, reproduire des contenus web, par exemple un écran d'ordinateur, un PDA, un lecteur d'écran... Par définition, un contenu web tel qu'il est disposé sur un serveur est inutilisable par l'homme : c'est le rôle de l'UA de traduire et restituer des codes binaires (0-1) en objets (textes, images, sons, etc.) utilisables par l'homme. Si la restitution la plus fréquente aujourd'hui est l'affichage sur écran d'ordinateur, ce n'est pas la seule : l'impression d'une page web sur une imprimante est aussi une restitution, l'écoute d'un contenu l'est également.

Dans le fonctionnement du couple UA/utilisateur il y a donc un a priori minimal à partir duquel nous pouvons envisager la question de la restitution : celle de l'adéquation UA-utilisateur et de la compétence de l'utilisateur à interagir avec des contenus via son UA. Cet a priori présuppose que tout utilisateur se dote d'un outil (UA) compatible avec ses attentes et contraintes, et qu'il sait l'utiliser. Cet a priori est problématique puisqu'un grand nombre d'utilisateurs ne savent pas nécessairement utiliser les outils au maximum de leurs possibilités.

Restitution et discrimination

Il y a discrimination quand la restitution est inutilisable par certains utilisateurs. Soit qu'elle n'ait pas lieu (le contenu demandé ne vient pas), soit qu'elle soit complètement inutilisable (un menu déroulant écrit en Javascript consulté sur un UA où il n'est pas activé rend la suite de la consultation impossible), soit qu'elle soit incomplète (il manque des parties du contenu, ce qui le rend incompréhensible ou impraticable), soit qu'elle soit trop dégradée (par exemple des textes agrandis se chevauchent jusqu'à l'illisibilité), soit... etc. Si ces restitutions inutilisables sont constatables sur tous les UA alors c'est un problème de conception et de codage informatique ; si en revanche cette inutilisabilité n'est constatée que sur certains UA et qu'il s'agit de contenus distribués publiquement, là c'est de la discrimination numérique.

Pour autant restitution utilisable ne signifie pas restitution identique, mais restitution équivalente. Le but à obtenir n'est pas d'avoir strictement le même résultat affiché mais d'avoir tous les contenus disponibles sans entrave à leur bonne compréhension, toutes les fonctionnalités actives et présentes, tous les outils nécessaires clairement identifiés par groupes identifiés.

Trois exemples...

Un exemple : un site présente le travail d'un graphiste et une page en particulier présente les logos qu'il a créés. Il y a là deux attitudes possibles : la première, conforme aux règles de l'accessibilité, est de proposer aux non-voyants des alternatives textuelles venant en remplacement des images proposées. Cette alternative est rendue nécessaire par le fait que les images formant le contenu même de la page (sa raison d'être là ...) on ne peut considérer que leur absence puisse être un "contenu dégradé acceptable". La seconde attitude, conforme à la non-discrimination, consiste à déterminer qu'il existe à l'entrée de cette page un public identifiable et à qui on va appliquer des règles d'accès ou de non-accès, un peu selon le principe du "scoping" introduit par UWEM (méthodologie unifiée pour l'évaluation du Web) par exemple. Une troisième attitude consiste à faire un mix des deux mais se pose alors la pertinence d'un contenu proposé (des séries de logos) à des utilisateurs n'ayant jamais expérimenté cognitivement ce type de contenu. Il y a là du coup un double handicap mis en avant, celui de ne pas voir (handicap physique) et celui de ne pas connaître la teneur du contenu (handicap cognitif) et de ne pouvoir donc en reconnaître la valeur, ce qui est le but du contenu proposé par l'auteur. La même question se poserait avec des pages d'extraits sonores à destinations de publics non-entendants - peut-on décrire alternativement Mozart ? On est là sur des problématiques concernant la relation entre accessibilité et non-discrimination.

Un autre exemple : tout internaute comprend dès la seconde page du site qu'il visite comment les pages sont structurées, où se trouvent les outils dont il a besoin et où chercher les informations qu'il attend : en quelques secondes il s'est créé une image mentale du site. En l'absence de vision, cette image mentale ne se crée pas immédiatement et il est nécessaire de passer par l'exploration complète de la structure du document et des contenus qu'il propose pour appréhender l'intégralité de l'offre de chaque page - chose que le "voyant" ne fait jamais : il accède instantanément aux menus de bas de page sans jamais avoir à lire les textes intermédiaires... Le principe de non-discriminance propose alors - rejoignant en cela les règles de l'accessibilité - de structurer le document de telle sorte qu'une image mentale puisse se créer auditivement le plus rapidement possible, par exemple en utilisant des "objets structurants" tels que systèmes de titres et sous-titres masqués à l'affichage mais audibles en lecture synthétique. Entre la version visible et la version audible la restitution n'est donc pas identique (les "objets structurants" ne se voient pas) mais elle est équivalente puisqu'un dispositif particulier vient pallier à l'absence de ce qui génère l'image mentale : la vision immédiate d'une mise en page/mise en forme.

Dernier exemple : un utilisateur de téléphone portable (web mobile) dispose actuellement (fin 2007) d'un écran d'affichage 240x320. Ne disposant pas de souris il est dans l'obligation de scroller au clavier pour défiler les contenus. Se pose alors la question par exemple des titres de pages : si un titre très long mais très explicite remplit parfaitement son rôle sur un écran d'ordinateur, il peut être handicapant en web mobile : il oblige à plus de scroll, plus de temps de connection, plus de manipulations (sources d'erreurs), plus d'attention (parce qu'il est plus difficile d'appréhender le sens d'un texte qu'on ne lit pas en une seule fois), etc. Le principe de non-discriminance définit un groupe d'utilisateur spécifique à qui une règle va s'appliquer : à l'aide des ressources offertes par les langages (Css media handheld par exemple) on pourra n'afficher que la part la plus "signifiante" du titre. Entre la version écran et la version mobile la restitution n'est donc pas identique mais elle est équivalente : un dispositif particulier vient pallier aux spécificités handicapantes de l'UA.

Pour conclure

Le principe de la restitution non-discriminante n'est pas, comme à l'époque des "site optimisé pour IE..." ou "site optimisé pour NS...", de produire des versions distinctes adaptées à tel ou tel UA ou tel ou tel utilisateur ou à tel ou tel problème ou cas spécifique, mais de produire un contenu unique que des couples UA/utilisateur restitueront de manière spécifique. Cette capacité qu'à le web non-discriminant à proposer un contenu unique à des utilisateurs multiples s'appuie sur une construction théorique : celle d'une révolution numérique au moins équivalente à celle de l'imprimé il y a 5 siècles de cela.

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