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Photo dans les tons jaunes représentant un ciel nuageux et un ancien avion biplan sous lequel est écrit : Prenez de l'altitude
Tout au long du siècle dernier
la communication par les médias s'est globalement organisée
selon le schéma « contenus multiples -> utilisateur
unique ». Nous avons en effet assisté à
l'émergence chronologique d'une multiplicité de supports
distincts (livres, affiches, journaux, radios, cinéma, télévision,
puis enfin internet) délivrant chacun des messages différenciés,
ou plus exactement des contenus différenciés selon
la règle à chaque support son contenu
[ définition : contenu
| totalité des informations distribuées, indépendamment
de l'aspect sous lequel elles seront restituées. ]
(il va de soi qu'une annonce presse et un spot radio délivrent
deux contenus de type très différents, par exemple un logo
pour l'une et un jingle musical pour l'autre), ceci pour des raisons inhérentes
à la spécificité de chacun de ces médias en
terme d'impact, d'exposition, de surface, de visibilité, de durée
de vie, de distance de consultation, de technologie, etc.
Si la multiplicité de ces supports
a entraîné une multiplicité de contenus, l'utilisateur
[ définition : utilisateur
| personne à qui l'information est destinée et qui la consulte
selon des modalités spécifiques à ses propres capacités
(physiques, culturelles, technologiques, etc.). ] en revanche
est resté unique au sens où il pouvait être
défini comme un individu « standard », doté
d'une capacité de déplacement moyenne, d'une vision moyenne,
d'une audition moyenne, d'une capacité de compréhension
moyenne, etc. Ainsi par exemple l'utilisation d'un corps de texte compris
entre 8 et 10 points sur la plupart des supports imprimés (livres,
journaux, brochures, etc.) correspond à une taille moyenne lisible
par un utilisateur moyen à distance moyenne sans nécessiter
d'assistance. Par contre-coup, l'utilisateur « non-standard »
fut lui contraint de se doter au fil du temps d'outils d'aide et d'assistance
(prothèses diverses, lunettes, correcteurs d'audition, outils informatiques,
etc.) pour accéder à ces contenus, et donc de se rapprocher
ainsi de l' « utilisateur unique » virtuel tel que
le définissait le schéma en vigueur. La « révolution
numérique » à la fin du vingtième siècle
et l'apparition d'internet a été alors prise comme une nouvelle
pièce dans le dispositif global de communication, un outil de plus
venant s'ajouter aux autres dans l'organisation des contenus différenciés,
porteur de ses propres spécificités. C'était alors
le règne du site-plaquette, clone numérique de l'édition
papier, à quelques fonctionnalités supplémentaires
près.
La limite de ce schéma apparut
très vite : un aveugle était condamné à ne
jamais accéder au contenu d'un site web, un malade alité
à celui d'une campagne d'affichage, un sourd à celui d'une
émission de radio, un voyageur à celui de son environnement
habituel.
En ce début de vingt-et-unième
siècle le schéma tend à s'inverser, remplaçant
l'ancien « contenus multiples -> utilisateur unique »
par son contraire : « contenu unique -> utilisateurs
multiples ». Par contenu unique il faut comprendre
que désormais c'est l'intégralité du contenu (textuel,
visuel, sonore, etc.) qui tend à être délivrée,
et la charge de l'organisation de sa restitution
[ définition : restitution
| façon dont le contenu devient consultable par l'utilisateur. ]
désormais dévolue à l'utilisateur. Des outils lui
permettent aujourd'hui d'intervenir directement sur ce contenu : il le
trie, il le choisit, il le gère, il l'organise, il en choisit l'aspect,
il le sauvegarde ou pas, il l'imprime ou pas, bref : il le restitue à
sa convenance. C'est en ce sens que ce dernier devient multiple et
différencié : il n'y a plus aujourd'hui un seul
utilisateur, mais autant de personnes différentes consultant différemment
un même contenu en fonction de nombreux critères. L'évolution
des navigateurs [ définition
: navigateur | outil logiciel d'affichage de contenu
sur écran - le respect ou pas des standards par son fabricant détermine
le taux d'altération d'aspect du contenu affiché. ]
s'inscrit aujourd'hui dans cette dynamique : par exemple Opera qui permet
d'écouter les textes ou d'agrandir les pages entières par
un outil loupe, ou encore Firefox qui permet de créer des styles
personnalisés prioritaires modifiant la taille et la police des
textes, changeant les couleurs de la page, supprimant les images, désactivant
les scripts [ définition
: scripts | portions de codes indépendantes de
la structuration sémantique du contenu, écrits dans des
langages informatiques spécifiques (javascript, ecmascript, php,
etc.) inclus dans la page et qui apportent des fonctionnalités
supplémentaires, par exemple des événements se déclenchant
au passage de la souris (javascript) ou l'insertion de contenus différents
dans une même partie de la page (php). ] externes,
etc.
Cette modification structurelle dans
les schémas de communication a d'énormes incidences sur
les manières de produire du contenu. Le rôle du
graphiste (metteur en forme) diminue à mesure que celui du sémanticien
(metteur en sens) augmente. L'idée générale n'est
plus de produire un message différencié (mis en page, mis
en son, mis en image, etc.) qu'un utilisateur unique appréhendera
tel qu'il a été mis en forme et distribué
[ définition : distribution
| émission de contenu via un serveur web. ] mais
bien de produire un message mis en sens par des langages spécifiques
qu'un certain nombre d'outils, aussi différenciés que le
sont les utilisateurs, restitueront en fonction du support matériel
utilisé : écran d'ordinateur, de PDA ou d'ordinateurs de
poche, page d'imprimante, lecteur braille, vocalisation de contenu, outils
embarqués (en voiture par exemple) etc. et des préférences
[ définition : préférences
| possibilité plus ou moins étendue offerte à l'utilisateur
de modifier à sa guise l'aspect d'une page affichée à
l'écran de son ordinateur : taille, style et teintes des textes,
contraste des couleurs, suppression des images ou des scripts externes,
etc. ] que l'utilisateur aura choisies. L'exemple de l'outil
de restitution embarqué à bord d'une voiture l'illustre
bien : si les passagers peuvent consulter un contenu complexe sur écran,
le chauffeur devra avoir accès à une version auditive.
Cette petite révolution nécessite
donc de la part du fabricant-concepteur (webmaster, webdesigner) qu'il
devienne de plus en plus organisateur en sens du contenu qu'il
a en charge de distribuer. Concrètement ce nouveau schéma
conduit à deux types de pratiques professionnelles nouvelles, inconnues
jusqu'alors dans nos métiers, qui sont d'un côté l'interopérabilité
et de l'autre l'accessibilité.
L'interopérabilité
[ définition : interopérabilité
| capacité d'un contenu à être restitué sans
altération, quel que soit le support ou l'outil de consultation
(navigateurs web, écrans de téléphones ou de PDA,
impression papier, vocalisation de synthèse, projection numérique,
etc.). ], c'est le premier terme du schéma : le
« contenu unique ». C'est ce qui fait que ce contenu
sera compatible avec tous les outils de restitution actuels et à
venir. Pour la garantir, les instances de l'internet se sont dotées
d'un organisme (le W3C, World wide web consortium) en charge
de définir les standards de l'internet qui assureront, à
la condition que leur côté les fabricants de logiciels les
respectent également - ce qui n'est pas encore toujours le cas
- que la restitution se réalisera de façon intégrale
et non-altérée.
L'accessibilité
[ définition : accessibilité
| possibilité offerte à tout utilisateur d'accéder
à l'intégralité d'un contenu distribué et
à le restituer selon les modalités qu'il aura choisies. ]
en est le second terme : les « utilisateurs multiples ».
C'est la possibilité pour chacun d'accéder à l'intégralité
du contenu et de le restituer à sa convenance : le mal-voyant agrandit
textes et images à l'écran, le handicapé moteur consulte
du contenu sans souris au seul clavier, le daltonien affiche des gammes
de couleurs contrastantes et différenciables, le voyageur le consulte
sur son PDA, l'aveugle l'écoute, le sourd le sous-titre, l'étranger
le consulte dans sa langue, etc.
Cet objectif ne peut être atteint
qu'à travers une normalisation des standards, la seule à
pouvoir garantir simultanément interopérabilité et
accessibilité ; une fois ces standards fixés, le fabricant-concepteur
doit organiser le contenu en fonction de ceux-ci. Il y a donc implicitement
une obligation de séparation complète entre le contenu et
sa mise en forme, puisque celle-ci pourra être transformée
à volonté par l'utilisateur en fonction de ses propres critères
et préférences (utilisateurs différenciés).
La mise en forme graphique, sonore, textuelle ou autre n'étant
plus à considérer comme partie prenante du contenu mais
comme une « couche » complémentaire, le travail
du graphiste se réoriente vers une mise en forme non plus du
contenu lui-même, mais des bases sémantiques
[ définition : sémantisation
| utilisation particulière et rationnelle des balises pour générer
du sens et non de l'aspect : lorsque la restitution s'effectue sur un
outil non-graphique, le contenu n'est pas altéré mais adapté. ]
sur lesquelles ce contenu s'organise, notamment à travers son découpage
en « blocs sémantiques ». Cette mise
en sens est ce que le graphiste opérait autrefois indistinctement
dans le process de mise en forme, en mettant par exemple le titre
beaucoup plus gros, les différents textes en tailles moyennes,
et en organisant des associations de couleurs et d'images pour accroître
la lisibilité et la compréhension globale du message.
Cette mise en sens hiérarchique
étant indépendante de la restitution finale (on ignore a
priori sous quelle forme celle-ci sera effectuée), elle est
dévolue au système de balisage
[ définition : balisage
| préformatage sémantique d'un contenu qui indique à
l'outil de restitution comment traiter et restituer ce qui est inclus
dans les différentes balises présentes dans le flux. ]
du langage utilisé. Pour HTML
[ définition : HTML (Hyper-text
mark-up langage) : langage de base du web construit sur un système
de balisage structurant le contenu global en éléments différenciés
- l'utilisation de ces balises pour conditionner l'aspect visuel est aujourd'hui
obsolète, on lui préfère une utilisation sémantique,
notamment à travers sa version XHTML (Extensible hyper-text mark-up
langage). ] par exemple, peu importe que <h1> (balise
de titre de premier niveau) soit restitué sous forme de titre plus
gros, prononcé plus fort ou apparaisse nettement séparé
du reste dans le flux [ définition
: flux | ordre dans lequel le contenu est distribué
- les sites non-conformes aux standards distribuent un flux à priorité
visuelle, c'est-à-dire où l'aspect graphique conditionne
l'ordre de distribution et d'apparition. À qualité graphique
égale et à aspect strictement équivalent, un site
conforme distribue le sens avant l'aspect, ce qui rend le site compatible
avec les outils de restitution alternatifs (auditifs, etc.). ]
des données, puisqu'à <h1> n'est plus affecté
une valeur de rendu (par exemple une couleur rouge et un corps
36 px) mais un certain nombre d'attributs dont l'un est
sa taille d'affichage
[ définition : affichage | mode de restitution
de contenu sur écran - l'affichage peut-être en mode graphique
(images, couleurs, mises en page, animations multimédia, etc.)
ou en mode textuel (textes les uns en dessous des autres, s'appuyant ou
pas sur le balisage HTML pour différencier ou pas les niveaux hiérarchiques
et sémantiques du contenu). ] sur un écran
d'ordinateur, non pas en taille absolue puisque chaque utilisateur a la
liberté de lui affecter la valeur qu'il souhaite en regard de ses
propres besoins, mais en taille relative : <h1> se positionne ainsi
sémantiquement par rapport à <h2> qui lui
est inférieur hiérarchiquement, et non plus comme élément
autonome indépendant du sens qu'il porte. Pour un aveugle
ou un mal-voyant, la balise <h1> pourra par exemple être restituée
précédée de l'indication [ voici le titre : ],
et pour une écoute vocale (radio, navigateur auditif) par un jingle
spécifique, etc.
Définir les différents
attributs aspectuels des balises est le rôle de feuilles de style,
dont CSS [ définition
: CSS (Cascading style sheets = feuilles de styles en
cascade) : série d'instructions précisant à l'outil
de restitution comment mettre en forme le contenu distribué - CSS
est typiquement l'outil adapté à la description de l'aspect
que devra prendre tel ou tel élément du flux : couleur,
position, visibilité ou invisibilité, etc. ]
est un modèle bien adapté au rendu visuel sur écran
et, dans une moindre mesure pour la norme actuelle (CSS2), au rendu imprimé
ou auditif. CSS3, notamment par l'extension des attributs affectés
à speech, permettra à terme une meilleure audibilité
des contenus
Entre un piéton urbain qui
consulte une affiche culturelle sur un mur et un piéton urbain
qui consulte les offres culturelles du jour sur son téléphone
portable, la différence n'est pas technologique, elle est dans
l'inversion, annoncée dès le début, de la relation
contenu-utilisateur : d'un contenu démultiplié (l'affiche)
pour un utilisateur unique (le piéton) elle devient un contenu
unique (balisé sémantiquement en vue de restitution) pour
un utilisateur multiple (piéton, malade alité, voyageur
distant, aveugle, etc.) où l'utilisateur différencié
est en réalité un utilisateur s'auto-différenciant.
Cette autonomisation de l'utilisateur par rapport au média autrefois
imposé impose à son tour une prise en compte de cette dynamique
par les auteurs de contenu d'abord, mais plus encore par les « metteurs
en sens » de ce contenu.
La sémantisation du contenu
autorise le tri préalable, via entre autres la multiplication de
feuilles CSS, du type d'attributs de contenu à distribuer.
Ainsi par exemple un aveugle n'a pas besoin de recevoir la plupart des
informations de couleurs, une imprimante d'instructions vocales ou un
téléphone portable les règles d'affichage dédiées
aux écrans d'ordinateurs. Le schéma « contenu
unique -> utilisateurs multiples » montre ainsi
toute sa pertinence et son efficacité en limitant, à contenu
égal, les informations délivrées aux seules utiles
et nécessaires.
Les concepts de « dégradation gracieuse » (graceful degradation) et d' « enrichissement progressif » (progressive enhancement), souvent utilisés pour décrire les stratégies de support de navigateurs (voir plus bas : mode « quirks »), deviennent alors pleinement pertinents. La démarche consistant à produire un web orienté écran allant vers la dégradation en restitution alternative (jusqu'à quel point de tolérance ?) est progressivement remplacée par la production d'un web orienté sens s'enrichissant de façon progressive selon l'outil de restitution, lui-même orienté vers un accroissement progressif de l'enrichissement du contenu (on peut par exemple comparer les différentes versions des navigateurs historiques ou encore l'évolution des capacités d'affichage PDA, etc.).
(Extrait Document de travail W3C Directive Accessibilité aux contenus Web2.0 :
Globalement, le but est de créer des contenus Web perceptibles, utilisables et compréhensibles par la plus grande partie possible des utilisateurs, compatibles avec la grande diversité des technologies d'assistance, et ce aujourd'hui comme à l'avenir. Les principes de base sont :
1. Le contenu doit être perceptible ;
2. Les éléments d'interaction doivent être utilisables ;
3. Le contenu et les commandes doivent être compréhensibles ;
4. Le contenu doit être assez robuste pour fonctionner avec les technologies actuelles et celles à venir.)
En terme de pratiques, l'intéropérabilité
du « contenu unique » relève d'une obligation
de résultat, c'est-à-dire qu'il appartient au fabricant-concepteur
de mettre en oeuvre les méthodes et outils pour l'obtenir,
la maintenir et la garantir dans la durée. Il doit s'assurer que
le contenu distribué pourra être restitué sans altération
[ définition : altération
| perte d'information ou dégradation plus ou moins importante d'un
contenu - un exemple classique est le menu déroulant qui s'ouvre
au passage de la souris : on estime à environ 7 ou 8% le nombre
de navigateurs où la fonctionnalité javascript pour l'ouvrir
est désactivée... concrètement cela signifie que
7 à 8% de vos visiteurs sont incapables de l'utiliser, et donc
de consulter votre site - un autre exemple est la différence d'affichage
du même contenu sur des navigateurs différents, liée
au non-respect des standards par certains éditeurs de logiciels. ]
par les différents supports de consultation : les navigateurs internet
sur différentes plateformes (Windows, Linux, Mac) et selon leurs
versions, les lecteurs vocaux d'écrans, les PDA, etc. L'accès
au contenu par les « utilisateurs multiples » relève
en revanche de l'obligation de moyens, c'est-à-dire de
tout mettre en oeuvre pour que la restitution une fois effectuée
puisse être compréhensible et utilisable par l'utilisateur,
sachant qu'il appartient à celui-ci en dernier ressort de s'équiper
en conséquence.
Il y a donc non seulement inversion
entre « contenus multiples -> utilisateur unique »
et « contenu unique -> utilisateurs multiples »
mais aussi entre obligations : dans le cas précédemment
cité du piéton consultant une affiche sur un mur, le graphiste
a une obligation de moyens (tout mettre en oeuvre pour qu'elle
soit vue et comprise) mais pas d'obligation de résultat
: l'utilisateur à qui manque la motricité, la vue, etc.
n'accédera jamais au contenu affiché ; la charge de pallier
à ce problème revient à l'utilisateur et il n'y a
résultat (le message est reçu) que s'il s'en donne les moyens
humains ou technologiques. Le jeu des obligations se retrouve aujourd'hui
inversé : nous avons aujourd'hui l'obligation de résultat
(le contenu doit pouvoir être affichable sur un portable consulté
dans la rue comme sur tout autre support de restitution) et l'utilisateur
celle des moyens (à lui de choisir un équipement
en conséquence dans la gamme offerte par le marché)
Héritage de notre métier de graphistes où c'est l'aspect qui porte le sens (c'est d'être en corps 36 qui donne à un texte quelconque parmi d'autres son statut de titre), le webdesign se heurte aujourd'hui à la multiplicité des utilisateurs et aux potentalités technologiques de restitution. La question du devenir du web s'est posée en termes d'outillage : qu'allait-on faire d'HTML et de ses balises ? L'émergence du langage XML (Extended Mark-up Language) aux balises dynamiques, définies par l'auteur lui-même, est à l'origine de la notion de « web sémantique ». L'idée était qu'à partir du moment où le contenu ne se structurait plus selon un aspect mais selon un sens (une balise XML <nom> ou <profession> ne porte strictement aucun aspect ni rendu formel*) on s'acheminait vers une obsolescence du HTML « classique ». Le W3C opta pour la définition d'un nouveau langage, le XHTML (Extended Hyper-Text Mark-up Language), une sorte d'« XMLisation » du HTML.
Basé sur HTML et ses balises il permet la pérennité des sites anciens (un navigateur moderne restituant XHTML reconnaît toujours HTML) mais a déprécié et rendues obsolètes toutes les balises HTML strictement dédiées à l'aspect des objets : <font> qui décrit à quoi ressemblent les textes, <b> qui précise qu'un texte doit apparaître en gras, <center> qui centre un objet dans un espace donné, etc. Basé sur XML il a hérité de celui-ci toute la sémantique de son balisage mais aussi son point le plus délicat : l'obligation de produire un code extrêmement rigoureux selon des normes strictes où toute erreur est systématiquement rejetée. Si dans HTML on pouvait se permettre de ne pas refermer une balise <p> par exemple, XHTML renvoie une erreur. Cette intolérance absolue a pourtant du bon puisqu'elle permet à un logiciel particulier, développé dans ce sens, de vérifier si un site web est exempt d'erreurs ou pas : le validateur [ définition : validateur | outil logiciel analysant la structuration d'un document web et déterminant si cette structuration est conforme aux standards W3C). ]. Une page web dite « valide W3C XHTML » est une page conforme aux normes et aux standards et ne comportant aucune erreur. Quand un navigateur tombe sur une erreur (qu'elle soit HTML ou XHTML) il bascule dans ce qu'on appelle le mode « quirks », c'est-à-dire qu'en l'absence de directive claire, il s'autorise à apprécier lui-même la valeur de restitution à affecter à l'objet erroné. Dans un certain nombre de cas l'affichage sur un écran d'ordinateur se fera malgré tout correctement, dans un certain nombre d'autres le résultat présentera des aberrations d'affichage, voire même ira jusqu'à l'absence complète d'affichage.
À une époque où Explorer et Netscape se partageaient le marché il était facile de détecter quelles erreurs l'un et l'autre restituaient et d'agir en conséquence par des écritures spécifiques de lignes de codes ou de scripts appropriés. Avec l'émergence de nouveaux navigateurs (Opera, Firefox, Safari, K-meleon, Sunrise, Omniweb, etc.), le foisonnement des versions (IE4, 5, 5.2, 5.5, 6, 7...), l'apparition d'outils alternatifs de restitution (PDA, ordinateurs de poche, téléphones portables, tablettes braille, lecteurs vocaux, etc...) il n'est plus possible de garantir une restitution correcte hors standards. Tout l'intérêt de la validation réside donc dans le fait que si un site valide ne s'affiche pas correctement, c'est l'outil de restitution, n'implémentant pas correctement ces derniers, qui est en cause. À l'utilisateur, conformément à la clause d'obligation de moyens, d'opter pour le meilleur outil de restitution disponible.
Le balisage XHTML dit « sémantique » considère qu'un objet contenu dans ses balises est à restituer en tant que sens et non plus en tant qu'aspect. Par exemple la balise HTML <b> (bold, gras) a été abandonnée et remplacée par la balise XHTML <strong> (fort). Le navigateur confronté à cette balise partira chercher des instructions dans les « couches d'aspect » associées à la page en cours. Si il y est dit que <strong> signifie un corps plus grand, ou une couleur plus sombre, ou une voix plus forte, ou passer tout le texte en gras, il exécute l'instruction. En l'absence d'instruction claire il passe en mode « quirks » et décidera de lui-même de rendre le texte en gras. La différence entre <b> et <strong> n'est donc pas, comme on l'entend dire parfois, que l'un est la version XHTML de l'autre (même si au final c'est souvent le même résultat qui est obtenu à l'écran) mais que <b> décrit un aspect alors que <strong> porte un sens. « Gras » est typiquement une instruction de mise en forme faisant sens pour elle-même, alors que « fort » décrit qu'un objet (en l'occurrence un mot) doit se détacher des autres qui l'entourent, mais sans jamais préciser comment... Il y a donc « balisage sémantique » au sens où l'instruction précise du sens sans jamais préciser d'aspect. La suppression de <b> dans les spécifications W3C montre dans quelle direction l'internet s'oriente aujourd'hui : la mise en forme graphique d'un objet n'est plus qu'une de ses restitutions possibles.
(changer <strong> | ...encore | et encore...)
* XHTML 2.0, en cours de constitution, devrait s'orienter vers ce type de balisage à sémantisation accrue.
Cette double inversion représente
l'avenir de l'accès aux contenus. Un site qui s'inscrit aujourd'hui
dans cette nouvelle dynamique et intègre cette démarche
dès sa conception est à la fois :
• performant (garantie de restitution
non-altérée quel que soit l'outil de consultation)
• rapide (la suppression dans
le contenu des attributs d'aspect allègent les pages - parfois
jusqu'à 60% de réduction de poids - et rend ainsi le site
plus rapide à afficher)
• optimisé (la séparation
du contenu et de sa mise en forme permet l'autonomisation de leurs gestions
respectives)
• pertinent (des CSS séparées
pré-restituent un contenu adapté aux divers modes de consultation)
• économique (un seul
contenu est produit, contre autant qu'il y avait de médias autrefois)
• rationnel (interopérabilité
des échanges et restitutions de flux)
• efficace (le référencement
du site dans les moteurs comme Google est largement accru par sa sémantisation)
• mutualisable (CMS
[ définition : CMS
| contenu mutualisé - sur un site moderne, le contenu entièrement
distinct de son aspect final simplifie à l'extrême la mutualisation
contributive par les différents auteurs et fournisseurs de contenus. ]
simplifié par la séparation complète forme-contenu)
• citoyen (accès à
tous à l'intégralité du contenu)
Note 1 : la définition de « web sémantique » telle qu'exposée dans ce texte est sujette à débat. Pour un certain nombre de personnes elle ne devrait être utilisée qu'en structuration XML de contenu (balises dynamiques). La description et l'utilisation des balises HTML préconisées dans cet article se rapprochant d'une utilisation XML, justifiant ainsi pleinement le sens originel de XHTML (HTML + XML), le terme « web sémantique » s'applique à notre démarche, même si en l'état les balises HTML sont structurellement incapables de dépasser leurs fonctions natives, et donc d'atteindre une « sémantisation absolue » - tout au moins tentent-elles de s'en rapprocher... D'autre part l'émergence récente de nouvelles pratiques (parfois appelées Web2.0 pour marquer un saut qualitatif), passant notamment par la sémantisation des attributs de balises (par exemple appeler de façon normée l'objet décrivant l'identité d'une personne <div id="nom"> plutôt que <div id="toto"> ou <div id="zozo">, c'est-à-dire ajoutant du "sens" à ce qui jusqu'alors n'en avait pas) permettant une indexation et une recherche plus rapide ainsi qu'un interconnexion entre contenus plus efficaces, ou l'utilisation de langages de type AJAX autorisant de nouvelles relations entre serveurs et ordinateurs, préfigurent un web plus proche d'un "Desktop collectif". Il s'agit là de définitions du web sémantique encore en chantier.
Note 2 : toute utilisation de l'intégralité ou parties importantes de ce texte pour des raisons commerciales ou autres est interdite sans autorisation préalable.
"Le Web sémantique est une extension du Web dans lequel toute information est bien définie, ceci permet aux données d'être exploitées par des machines pas seulement pour être affichées mais également pour être intégrées ou réutilisées dans d'autres applications. Les entreprises qui adoptent des éléments du Web sémantique dès à présent seront mieux positionnées pour augmenter leur audience avec le développement de cette nouvelle technologie". Didier Barzin
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